La prévention des risques professionnels ne peut plus reposer uniquement sur des impressions, des habitudes ou l’analyse des accidents déjà survenus. Pour anticiper les situations dangereuses, les entreprises doivent apprendre à mieux utiliser les données disponibles : fréquence des accidents du travail, gravité des sinistres, expositions identifiées, presqu’accidents, absentéisme, remontées du terrain ou encore besoins de formation.
C’est dans cette logique que le numéro d’octobre 2026 de Travail & Sécurité de l’INRS mentionne le nouveau portail Data Risques professionnels. Présenté avec prudence, ce portail peut être considéré comme un outil de veille et d’aide à la décision pour mieux comprendre les tendances liées aux risques professionnels.
Il ne remplace pas l’évaluation des risques propre à chaque entreprise. En revanche, il peut aider les dirigeants, responsables HSE, équipes RH, représentants du personnel et responsables formation à mieux hiérarchiser leurs priorités.
L’enjeu est simple : passer d’une prévention réactive, déclenchée après un accident du travail, à une prévention fondée sur les données, capable d’orienter les actions avant que le sinistre ne survienne.
Pourquoi les données sont-elles utiles en santé et sécurité au travail ?
Les données permettent d’abord de mieux objectiver une situation. Dans une entreprise, certaines perceptions peuvent être trompeuses. Un risque très visible n’est pas toujours celui qui provoque le plus d’accidents ou les conséquences les plus graves. À l’inverse, un risque moins spectaculaire peut générer des troubles répétés, des arrêts de travail ou des expositions chroniques.
Les indicateurs de sécurité permettent notamment de répondre à plusieurs questions :
- Quels sont les accidents les plus fréquents ?
- Quelles unités de travail sont les plus exposées ?
- Quels postes concentrent les incidents et les presqu’accidents ?
- Quels risques entraînent les arrêts les plus longs ?
- Les salariés récemment embauchés sont-ils davantage concernés ?
- Les formations suivies correspondent-elles aux risques réellement rencontrés ?
- Les mesures de prévention déjà mises en place produisent-elles des résultats ?
L’INRS rappelle que la sinistralité peut être suivie à l’aide d’indicateurs tels que le nombre d’accidents du travail avec ou sans arrêt, le taux de fréquence et le taux de gravité. Ces indicateurs peuvent également être appliqués aux incidents et aux presqu’accidents, afin de détecter des signaux faibles avant un événement plus grave.
« Les indicateurs de sinistralité permettent notamment de suivre les accidents du travail et de comparer la situation de l’entreprise à celle d’établissements ayant une activité comparable. »
— INRS, Analyse des accidents du travail
Les données nationales ou sectorielles sont donc utiles pour se situer. Elles doivent toutefois être interprétées comme des points de repère et non comme une photographie exacte de chaque entreprise.
📊 56 accidents du travail pour 1 000 salariés, contre environ 34 tous secteurs confondus – Indicateur de référence dans le BTP
Que peut apporter un portail de données sur les risques professionnels ?
Le nouveau portail Data Risques professionnels, mentionné dans le numéro d’octobre 2026 de Travail & Sécurité, s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des données de santé et de sécurité au travail.
À ce stade, il est préférable de ne pas lui attribuer des fonctionnalités qui n’auraient pas été précisément confirmées. Son intérêt peut néanmoins être compris à travers quatre usages possibles.
1. Mieux comprendre les tendances
Un portail de données peut aider à identifier les évolutions importantes par secteur d’activité, type de risque, catégorie de sinistre ou période. Cette lecture dans le temps permet de repérer une hausse, une baisse ou une stagnation.
Par exemple, une entreprise peut constater que les accidents liés aux manutentions diminuent, alors que les incidents liés aux déplacements internes progressent. Cette information peut conduire à revoir les priorités d’action, les équipements concernés ou les contenus de formation.
2. Comparer sans se limiter à la moyenne
Les données sectorielles peuvent fournir des repères utiles. Une entreprise située en Occitanie, à Montpellier, Nîmes, Perpignan ou dans une autre zone géographique peut comparer ses tendances avec celles de son secteur d’activité.
Cette comparaison doit néanmoins rester prudente. Deux entreprises appartenant au même secteur peuvent avoir des organisations, des équipements, des effectifs, des horaires et des niveaux d’exposition très différents.
3. Alimenter la réflexion sur les priorités
Les données peuvent aider à répondre à une question essentielle : où investir en premier ?
Selon les résultats observés, la priorité pourra porter sur :
- la formation SST ;
- la prévention du risque incendie ;
- la formation des équipiers de première intervention ;
- les risques chimiques ;
- la manutention et les troubles musculosquelettiques ;
- les déplacements et la circulation sur site ;
- l’accueil des nouveaux salariés ;
- la prévention des risques liés à une activité ou à un équipement spécifique.
4. Faciliter le dialogue entre les acteurs
Un indicateur partagé peut faciliter les échanges entre la direction, les managers, les RH, le CSE, la CSSCT, le service de prévention et de santé au travail et les responsables formation.
Il ne s’agit pas de transformer la prévention en tableau de bord déconnecté du travail réel. L’objectif est au contraire de disposer d’une base commune pour poser les bonnes questions et décider ensemble des actions les plus pertinentes.
Comment croiser les données générales avec la réalité de votre entreprise ?
La donnée nationale ou sectorielle ne dit pas, à elle seule, comment le travail est réellement effectué. Pour être utile, elle doit être confrontée à l’observation des situations de travail.
Une démarche efficace peut commencer par un rapprochement entre plusieurs sources :
- les statistiques nationales de sinistralité ;
- les données propres à l’entreprise ;
- les accidents du travail et maladies professionnelles ;
- les incidents et presqu’accidents ;
- les remontées des salariés ;
- les observations des managers ;
- les résultats des visites de terrain ;
- les comptes rendus du CSE ou de la CSSCT ;
- les besoins exprimés lors des entretiens professionnels ;
- les formations déjà réalisées ;
- les changements d’organisation, de matériel ou de procédés.
Le nombre d’accidents ne doit pas être analysé isolément. Une faible sinistralité peut correspondre à une bonne maîtrise des risques, mais aussi à une sous-déclaration des incidents ou à une faible remontée d’information.
À l’inverse, une hausse temporaire des signalements peut traduire une amélioration de la culture prévention : les salariés parlent davantage des situations dangereuses et permettent à l’entreprise d’agir plus tôt.
Les limites des données
Les données orientent la prévention, mais elles ne remplacent ni l’observation du terrain, ni l’analyse des situations de travail, ni l’avis des salariés. Une donnée doit toujours être replacée dans son contexte : organisation, activité réelle, équipements, compétences, rythme de travail et conditions d’intervention.
Du diagnostic à l’action : faire évoluer le DUERP et le plan de prévention
Le portail Data Risques professionnels ne doit pas être utilisé comme un substitut au DUERP. Le document unique doit rester construit à partir de l’analyse des risques propres aux unités de travail de l’entreprise.
En revanche, les données peuvent contribuer à enrichir cette démarche. Elles peuvent notamment conduire à :
- réexaminer la cotation d’un risque ;
- identifier une unité de travail insuffisamment analysée ;
- ajouter un risque qui n’avait pas été pris en compte ;
- renforcer une mesure de prévention existante ;
- modifier une fréquence de contrôle ou d’observation ;
- prévoir une formation complémentaire ;
- revoir les moyens matériels disponibles ;
- intégrer les risques liés aux nouveaux salariés ou aux changements de process.
L’INRS rappelle que l’évaluation des risques doit être actualisée notamment lorsqu’un changement est susceptible d’avoir un impact sur la santé et la sécurité, ou après un accident du travail. L’analyse d’un accident doit donc déboucher sur des actions concrètes et, si nécessaire, sur une mise à jour du DUERP et du programme de prévention.
« L’analyse d’un accident doit conduire à réexaminer les mesures de prévention existantes et à mettre à jour le DUERP ou le plan d’actions lorsque cela est nécessaire. »
— INRS, Évaluation et analyse des accidents du travail
Tableau d’aide à la décision
| Donnée ou indicateur | Question à se poser | Action possible |
|---|---|---|
| Nombre d’accidents du travail avec arrêt | Quels postes ou quelles situations sont concernés ? | Réaliser une analyse approfondie et revoir les mesures de prévention |
| Accidents sans arrêt | Existe-t-il des signaux faibles récurrents ? | Mettre en place un suivi mensuel des événements |
| Presqu’accidents | Quels événements auraient pu avoir des conséquences graves ? | Déclarer, analyser et traiter les causes avant un accident |
| Taux de fréquence | La fréquence des accidents évolue-t-elle ? | Comparer avec les périodes précédentes et le secteur d’activité |
| Taux de gravité | Quels accidents entraînent les conséquences les plus lourdes ? | Prioriser les risques à fort impact |
| Absences ou restrictions médicales | Certains postes génèrent-ils une usure particulière ? | Adapter l’organisation, les équipements ou les postes |
| Résultats des visites terrain | Les consignes sont-elles applicables dans le travail réel ? | Corriger les écarts entre procédures et pratiques |
| Formations réalisées | Les compétences correspondent-elles aux risques observés ? | Programmer une formation SST, incendie ou risques chimiques |
| Signalements des salariés | Quelles difficultés sont rencontrées au quotidien ? | Associer les équipes à la recherche de solutions |
| Évolution des équipements ou procédés | Un nouveau risque est-il apparu ? | Actualiser l’évaluation des risques et le plan d’action |
Quels indicateurs suivre pour prioriser les formations ?
Les données peuvent également aider à construire un plan de formation plus cohérent. L’objectif n’est pas de former indistinctement tous les salariés sur tous les sujets, mais de rapprocher les compétences des risques réellement présents.
Formation SST
Une hausse des malaises, blessures, chutes, coupures ou situations d’urgence peut conduire à renforcer la présence de salariés formés au Sauveteur Secouriste du Travail.
La formation SST permet notamment de travailler la protection, l’examen d’une victime, l’alerte et les gestes de secours, tout en intégrant le rôle du SST dans la prévention des risques professionnels.
Pour maintenir les compétences, les titulaires doivent également prévoir une actualisation régulière avec la formation MAC SST.
Formation incendie et EPI
Une augmentation des écarts observés lors des exercices, des difficultés à utiliser les extincteurs ou une évolution des locaux peut justifier une formation dédiée à la prévention incendie.
La formation équipier de première intervention permet de travailler les fondamentaux de l’incendie, l’alerte, les moyens d’extinction et l’organisation de la première intervention.
Risques chimiques
La présence de produits dangereux, l’évolution des fiches de données de sécurité, les incidents de manipulation ou les remontées d’exposition doivent être intégrées au pilotage des compétences.
La formation Risques Chimiques peut contribuer à renforcer la compréhension des dangers, des mesures de prévention et des conduites à tenir.
8 étapes pour utiliser les données dans votre démarche de prévention
- Définir l’objectif : réduire les accidents, améliorer les remontées, cibler les formations ou traiter un risque particulier.
- Identifier les sources disponibles : DUERP, déclarations d’accidents, incidents, presqu’accidents, visites terrain et données sectorielles.
- Vérifier la qualité des données : période étudiée, périmètre, fréquence de mise à jour et éventuels biais de déclaration.
- Comparer les tendances : évolution dans le temps, différences entre unités de travail et repères sectoriels.
- Associer les salariés : recueillir leur expérience des situations dangereuses et des contraintes réelles.
- Hiérarchiser les risques : tenir compte de la fréquence, de la gravité, du nombre de salariés exposés et de la possibilité d’agir.
- Traduire les constats en actions : équipements, organisation, procédures, accompagnement et formations.
- Mesurer les résultats : suivre les indicateurs dans le temps et ajuster le plan de prévention.
Le rôle des managers, RH, CSE et responsables HSE
La prévention fondée sur les données ne peut fonctionner que si les responsabilités sont clairement réparties.
Les managers sont au contact des situations de travail. Ils peuvent repérer les écarts, recueillir les signalements et vérifier que les mesures décidées sont applicables.
Les ressources humaines disposent d’informations utiles sur les arrêts, les parcours professionnels, l’intégration des nouveaux salariés et les besoins de formation. Elles doivent toutefois veiller à utiliser ces données dans le respect de la confidentialité et des règles applicables.
Le CSE, et le cas échéant la CSSCT, contribue à l’analyse collective des risques et à la discussion des priorités. Son implication permet de confronter les indicateurs à l’expérience des salariés.
Le responsable HSE ou le référent prévention peut assurer la consolidation des données, la mise à jour des indicateurs et le suivi des actions engagées.
Enfin, la direction doit arbitrer les moyens et inscrire la prévention dans les décisions d’organisation, d’investissement et de développement des compétences.
FORSIPS, votre partenaire pour transformer les constats en actions de prévention
Les données n’ont de valeur que si elles conduisent à des décisions et à des changements concrets. Une entreprise peut identifier une hausse des accidents, mais rester sans solution si elle ne sait pas comment agir sur les compétences, les équipements ou l’organisation.
FORSIPS accompagne les entreprises dans leurs démarches de prévention et de formation en santé, sécurité et incendie. Implanté en Occitanie, FORSIPS intervient notamment auprès des entreprises de Montpellier, Nîmes, Perpignan et dans plus de 30 villes du sud de la France.
À partir des risques identifiés, des données disponibles et des besoins de l’entreprise, les équipes peuvent contribuer à construire un parcours adapté :
- formation SST et maintien des compétences ;
- formation incendie et équipier de première intervention ;
- prévention des risques chimiques ;
- sensibilisation aux conduites à tenir en cas d’accident ;
- accompagnement des équipes face aux risques propres à leur activité.
Pour découvrir les solutions proposées, consultez l’accueil du site FORSIPS.
FAQ — Questions fréquentes
Le portail Data Risques professionnels remplace-t-il le DUERP ?
Non. Le portail est à considérer comme un outil de veille et d’aide à la décision. Il ne remplace pas l’évaluation des risques menée dans l’entreprise ni la rédaction et la mise à jour du DUERP. Les données générales doivent être confrontées à l’activité réelle, aux situations de travail et aux remontées des salariés.
Quelles données une entreprise doit-elle suivre en priorité ?
Il est utile de suivre les accidents du travail avec et sans arrêt, les presqu’accidents, les incidents, le taux de fréquence, le taux de gravité, les restrictions médicales, les signalements des salariés, les résultats des visites terrain et les actions de prévention réalisées.
Comment utiliser les données pour choisir une formation ?
L’entreprise doit rapprocher les indicateurs de sinistralité et les situations observées des compétences nécessaires. Une hausse des malaises ou blessures peut orienter vers la formation SST. Des écarts liés à l’incendie peuvent justifier une formation EPI. La présence de produits dangereux peut conduire à renforcer la formation aux risques chimiques.
Les données nationales sont-elles adaptées à toutes les entreprises ?
Non. Elles donnent des repères, mais elles ne tiennent pas nécessairement compte des spécificités de chaque établissement. L’activité réelle, les équipements, les horaires, l’organisation, la taille de l’entreprise et le niveau d’exposition doivent être analysés localement.
À quelle fréquence faut-il revoir les indicateurs de sécurité ?
La fréquence dépend de la taille et de l’activité de l’entreprise. Un suivi mensuel ou trimestriel permet souvent de repérer plus rapidement les évolutions. Une analyse doit également être réalisée après un accident, un changement important, une nouvelle activité ou une modification des équipements.
Chiffres Clés
📊 20,8 millions de salariés étaient couverts par la branche Accidents du travail et Maladies professionnelles de l’Assurance Maladie en 2024.
Source : Assurance Maladie – Risques professionnels
📈 Les indicateurs de sinistralité peuvent inclure les accidents avec ou sans arrêt, le taux de fréquence et le taux de gravité.
Source : INRS
🏢 Plus de 30 villes du sud de la France sont couvertes par les interventions de FORSIPS.
Source : FORSIPS
📊 Accidents du travail, taux de fréquence, taux de gravité et presqu’accidents – Données de sinistralité
📊 Intervention dans plus de 30 villes du sud de la France – Déploiement territorial FORSIPS
Conclusion
Le nouveau portail Data Risques professionnels ouvre une réflexion importante sur la manière de piloter la prévention en entreprise. Les données peuvent aider à mieux comprendre les tendances, à comparer les situations, à identifier les signaux faibles et à prioriser les investissements.
Mais elles ne prennent tout leur sens qu’une fois confrontées au travail réel. L’observation du terrain, l’analyse des accidents, l’écoute des salariés et la mise à jour du DUERP restent indispensables pour construire une prévention adaptée.
Pour les dirigeants, RH, responsables HSE, CSE et responsables formation, l’enjeu consiste désormais à relier les indicateurs aux décisions : renforcer les compétences, améliorer les organisations, réduire les expositions et faire vivre une véritable culture de prévention.
Contactez FORSIPS au 07.68.01.99.41 ou sur www.forsips.fr pour transformer vos priorités de prévention en actions concrètes.